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Chapelle De Coat An Doc'h

Commune : Lanrodec
Lieu : Institut Saint Jean Bosco

De prime abord la chapelle de Coat-an-Doc’h n’a rien d’extraordinaire. Elle ne présente pas de plafond lambrissé polychrome, ni de vitraux gothiques, ni de retable baroque. Il n’en reste pas moins que cette petite chapelle est l’un des témoins majeurs de l’art religieux du xxe siècle sur notre territoire.

J’en ai pris conscience à la découverte d'une photo datée de décembre 1940, présente les façades sud et ouest de la chapelle alors en construction. Les travaux commencés en 1939 se terminèrent en 1941. On peut constater que la propriétaire du château de Coat-an-Doc’h – ou de Coëtando – , Madame de Saint-Jouan, est à l’origine de ce projet, comme elle le fut d’ailleurs pour le premier bâtiment scolaire adossé au château. Toutefois la véritable information donnée par ce cliché réside dans les noms des architectes de la chapelle : Dom Bellot et J. (pour James) Bouillé. Ces deux architectes ne sont pas des illustres inconnus dans le domaine de la construction religieuse en Bretagne dans ce début de xxe siècle.

Paul Louis Denis Bellot est un architecte français né à Paris en 1876 et mort à Montréal en 1944. Sa particularité est également d’être un moine bénédictin de la congrégation de Solesmes, d’où le nom Dom Bellot. Cette double activité d’architecte et de moine l’amène naturellement à construire essentiellement des édifices religieux. C’est ainsi qu’il construit son couvent, l'abbaye de Quarr, située dans l’Île de Wight, entre 1907 et 1911. Dom Bellot est à l’écoute des réflexions de son temps en matière d'architecture. Il utilise souvent le béton armé dans ses constructions. Matériau qui commence à être utilisé dans ces années d’entre-deux-guerres notamment par le célèbre architecte français Le Corbusier. Dom Bellot réalise ainsi l’un des premiers édifices religieux en béton armé l'église Notre-Dame de l'Immaculée Conception, à Audincourt (Doubs), en 1932. La chapelle de Coat-an-Doc’h réalisée sept ans plus tard utilise également ce matériau révolutionnaire pour l’époque.

Le deuxième architecte de la chapelle, James Bouillé, apporte également sa personnalité dans la construction de la chapelle. Avant tout, c'est un architecte du « pays » puisqu’il est né à Guingamp en 1894. Cet architecte  est intéressant ici pour deux raisons : son engagement religieux et sa volonté de réinsuffler de la créativité dans l’art breton. James Bouillé a tout d’abord reçu une formation classique d’architecte français, à l'école des Beaux-Arts de Paris. Toutefois, la Première Guerre mondiale, à laquelle il a participé, forge ses convictions politiques. Il devient alors membre du mouvement nationaliste breton Breizh Atao. Cet engagement politique se double d’un engagement artistique en faveur de la Bretagne. Il est ainsi, l'initiateur en 1923 du mouvement artistique Seiz Breur avec Jeanne Malivel et René-Yves Creston. Ce mouvement, qui regroupe des artistes bretons militants (architectes, peintres, musiciens, écrivains…), refuse la stagnation de l’art breton traditionnel, ainsi que les stéréotypes sur la Bretagne qui ont pu être qualifiés de « biniouseries ». Les Seiz Breur redynamisent l’art breton en s’inspirant de la mythologie celtique, des légendes bretonnes – Brocéliande ou encore l’Ankou – , de l’Histoire de la Bretagne, mais également de la religion à travers les pardons et les saints bretons notamment. James Bouillé est également un fervent catholique. Il fonde en 1929, l’Atelier breton d’art chrétien, avec Xavier de Langlais. Ils contribuent ainsi à rénover cet art sacré à travers la création de croix, crosses, divers objets cultuels… En 1941, cet engagement religieux le pousse à devenir le directeur du mouvement Bleun Brug (Fleur de Bruyère) créé en 1905 par l'abbé Perrot qui œuvre pour la promotion de la foi catholique et la sauvegarde du patrimoine culturel breton. Cette fonction, qui se poursuit durant la Seconde Guerre mondiale au Comité Consultatif de Bretagne, lui vaut d'être inquiété par la justice à la Libération avant de bénéficier d'un non-lieu. Sa carrière d’architecte est bien remplie mais nous ne retiendrons que la construction de la chapelle de l'Institution Saint-Joseph de Lannion, entre 1936 et 1937 (inscrite MH). Celle-ci semble être la source d’inspiration directe pour la construction de la chapelle de Coat-an-Doc’h qui intervient deux ans plus tard.

La structure de la chapelle de Coat-an-Doc’h – comme celle de Lannion – est inscrite dans une ellipse. La charpente en béton armé est faite d'arcs en section conique qui viennent reposer sur de courtes piles. L’ambiance intérieure est en revanche, bien différente entre les deux chapelles, puisque la chapelle de Coat-an-Doc’h joue sur des couleurs chaudes peintes sur les murs – bien que ces peintures semblent être différentes à l’heure actuelle par rapport à son époque de construction – alors que la chapelle de l’Institution Saint-Joseph est inondée de lumière à dominante bleue grâce aux vitraux, œuvres de Paul Rault.

Au final, la chapelle de Coat-an-Doc’h, datant du début de la Seconde Guerre mondiale, est un véritable témoin de l’architecture du xxe siècle à travers sa structure en béton armé, alors que ce matériau ne sera utilisé à grande échelle dans la construction civile qu’après 1945. Mais également un témoin de l’architecture régionaliste qui est très présente en Bretagne dans la période d’Entre-deux-guerres, à travers la personnalité de son architecte James Bouillé et le mouvement des Seiz Breur. Cet art religieux régionaliste se reflète également dans le tabernacle, œuvre, en 1942, de l’orfèvre briochin René Desury, membre de l’Atelier breton d’art chrétien de James Bouillé.

 

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Photographie du tabernacle de la Chapelle de Coat An Doc'h : http://www.desurynet.com/reneabc.htm



 
 
 

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